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Équitation traditionnelle et Fantasia

Le 06 décembre 2004
Source : equestre.ma


La monte courte et la selle emboîtante vont trouver au 14e siècle de nouvelles raisons de s'imposer aux cavaliers du Maghreb. A cette époque, en effet, se répand l'arbalète à main. Arme de jet très meurtrière qui constitue un sensible progrès sur l'arc, l'arbalète, dont les versions sont multiples, était connue depuis longtemps mais son usage a été long à se diffuser.


Lorsque le cavalier est en position de combat, la selle arabe est en mesure de lui donner un appuis sur le haut du troussequin ; ce qui lui permet, lorsqu'il arrive sur l'ennemi, d'utiliser son arbalète dans les conditions les plus favorables.

C'est avec ces arbalètes que, dès le 15è et le 16è siècle, se pratique le jeu du baroud. Il prendra la forme moderne de jeu de la poudre avec l'apparition du fusil à pierre, au 17è siècle. Le coup de fusil que l'on lâche au dessus de la tête du cheval à la fin de la charge remplace le tir du carreau d'arbalète. Il est suivi d'un arrêt brusque puis d'un demi tour et d'un repli rapide.

Cet exercice s'accompagne de toute sorte d'acrobaties, fusils lancés en l'air et rattrapés au vol, ceinture ramassée par terre au galop, changement de cheval en pleine action,... On connaît aujourd'hui ce jeu sous le nom de Fantasia. Le terme fantasia, d'origine latine, signifie divertissement.

Dans cette fête qui regroupait 1300 à 1500 chevaux, " Les cavaliers étaient recouverts de haïks brodés d'une extrême finesse et armés d'un long fusil mauresque. Chaque cheval avait un frontal de drap ou de velours écarlate avec une grande frange couvant presque les yeux.

L'encolure était recouverte d'une pièce de drap rouge ornée d'une série de glands. A l'encolure étaient suspendus de petits sacs maroquins rouges remplis d'amulettes...

Les chevaux, pleins de feu, ne pouvaient être contenus que par la forte bride arabe et il ne fallait pas moins que la selle mauresque pour empêcher les cavaliers d'être jetés à terre".

Le jeu du baroud, ou fantasia, fait partie de la culture profonde du Maghreb, et spécialement celle du Maroc. Autrefois exercice militaire, il accompagne aujourd'hui les cortèges d'honneur, les fêtes religieuses et civiles, notamment les moussems, grands rassemblements annuels qui se tiennent à l'occasion du pèlerinage au tombeau d'un saint. Loin d'être laissé à l'improvisation, ce jeu obéit à des règles précises qui constituent un véritable rituel.

Il se pratique par groupes (sorbas) d'une dizaine à une centaine de cavaliers, appartenant tous à la même communauté ethnique, et commandés par un mokkadem, réputé pour son autorité. Les chevaux utilisés peuvent être des pur-sang arabes mais on a souvent recours aux arabes barbes qui sont plus faciles à trouver et parfaits pour ce genre de travail. Ce sont des entiers, gris de préférence, et ayant au moins 4 ans. Ils font l'objet d'un dressage qui commence dès 2 ans avec une bride d'abord légère, puis plus dure dont le mors a été enduit de miel

Les arabes barbe de fantasia présentent quelques différences selon la région d'où ils proviennent. Dans le Moyen Atlas, ils sont petits, très proches du barbe, avec une encolure courte, une ossature forte. Près des cotes, ils sont de plus grande taille et ont beaucoup de sang. Dans la région de Fès, Meknès, ils sont de taille moyenne mais puissants et très résistants.

Les cavaliers de fantasia s'honorent d'entretenir leurs chevaux avec soin, de leur donner une nourriture choisie, et de ne se présenter au départ du jeu qu'avec une monture en parfait état.

L'arme traditionnelle de la fantasia est le long fusil maure finement damasquiné, la mokahla, sorte de mousquets. Mais ceux-ci deviennent rares et on a de plus en plus recours au fusils de chasse à un ou deux coups. Les charges sont de poudre noire et il n'y a évidemment pas de projectiles.

La selle que l'on emploie se compose d'un arçon de bois revêtu d'une peau de chèvre qui se rétrécit en séchant. L'arçon est surmonté d'un pommeau élevé, le karbouss, et d'un haut troussequin, la guedda. L'ensemble est recouvert d'une chemise de selle en cuir brodé d'or et d'argent. La selle repose sur sept tapis de couleur différente. Les étrivières sont courtes. Les larges étriers de fer, à semelle rectangulaire, légèrement convexe, donnent au cavalier la stabilité nécessaire.

La bride est sévère. Elle comporte un mors muni d'un anneau circulaire formant une gourmette. Cet enrênement permet au cavalier d'arrêter son cheval en quelques mètres et, joint au déplacement du poids du corps, de le faire pivoter instantanément. Les œillères protègent du vent et du sable.

Au Maroc les cavaliers portent une chemise, un pantalon bouffant (seroual), une djellaba, une cape et un turban, le tout de couleur blanche. IL est chaussé de babouches basses ou montantes. Il porte un poignard et un sac contenant des extraits du coran. Le jeu se déroule sur un terrain de sable ou d'herbe, long de 150 à 200 mètres, large de 80 à 100 m.

Le départ se fait aligné et les chevaux prennent immédiatement le galop. A la fin de la charge qui parcourt le terrain dans sa longueur un signal de tir est donné par le mokkadem. Les coups de fusil doivent partir au même instant de façon à ce que retentisse une seule détonation.

Si le tir se fait quelques fois vers le sol, il est plus souvent dirigé en l'air, au dessus de la tête du cheval, le fusil étant tenu à deux mains par la crosse et serré contre la poitrine du cavalier. Après la décharge, les chevaux sont arrêtés sur quelques mètres, font demi-tour et, empruntant un côté du terrain, la sorba regagne au pas la ligne de départ.

Dès qu'une équipe a terminé son exercice, elle est remplacée par une autre avec le moins d'interruption possible. "Déjà une autre fantasia s'est élancée dans la poussière, jette ses cris, excite ses chevaux, brûle la poudre dont on voit briller le feu, s'arrête brusquement, s'en retourne et inlassablement recommence". A la fin du jeu (souvent la tombée du jour), les sorbas se rassemblent et regagnent les tentes au pas.






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